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Depuis longtemps, je souhaitais traduire
en images le geste créateur, dans sa beauté, dans
son mystère. J’attendais de rencontrer l’artiste
qui me permettrait de l’accompagner dans sa démarche,
sans pose, sans complaisance, dans la nudité du geste :
les circonstances ont voulu que je rencontre Filomena Borecká.
Filomena Borecká unit les vertus que l’on peut attendre
d’une jeune artiste – le goût du renouvellement,
l’exigence intellectuelle – à un amour profond
du travail, une recherche du geste vrai – tout cela servi
par une rare capacité de concentration.
Entièrement tourné dans la Cour Vitrée de
l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris,
ce film de quinze minutes montre l’artiste au travail, en
train de réaliser l’un de ses grands dessins : Transmigration.
L’œuvre de Filomena Borecká – qu’il
s’agisse de ses dessins ou de ses sculptures sonores –
peut interpeller le poète, le musicien, le philosophe ;
avec ce film, j’ai choisi l’approche silencieuse,
celle de la complicité respectueuse. Le seul son que l’on
entende ici est celui du crayon parcourant l’espace blanc
du papier, à l’exception de deux pièces brèves
composées pour la kora en manière de prologue et
d’épilogue.
De la concentration inspirée, de la gravité sereine
de Filomena Borecká se dégage une impression profonde
et durable. Transmigration est un film habité par la joie
: celle de créer et celle d’assister à la
naissance de la création.
Jacques Burtin